Notre vie ici …
3 avril 2008En chiffre :
67 jours depuis notre départ
300 livres côtés
4 étagères fabriquées
1 renouvellement de visa pour 3 mois
3 fusibles (toujours le mĂŞme)
26 nuits dans un endroit différent depuis le départ
7h à espérer la connection internet
19 personnes : le nombre d’habitants dans notre maison
6 pluies
1 serpent
1 souris dans la C15
27 blattes croisées chaque soir dans les toilettes
1 nid de guĂŞpe dans notre chambre
1 nuit au bord de l’océan
2 baignades Ă Coco Beach
311 « yovo yovo bonsoir ça va bien merci ! » (en chanson)
2 réunions avec le CVD (comité villageois de développement)
2 réunions avec le chef du village
25 avocats
373 bananes
5 livres chacune (lu pas écrit)
1 calebasses de Tchoukoutchou (bière de mil)
1 week-end à Kpalimé
106 personnes à la cascade de Kpimé, arrivées en 8 min
20 rouleaux de papier toilette
1 rencontre formidable avec 1 rasta yovo
1 rencontre avec une reine yovo
1 ferme de spiruline visitée
1 mot d’amour dans le carnet pour Leslie
22 rĂŞves de fromage et de plats de nos mamans
Vous êtes nombreux à nous demander plus d’anecdotes et de précisions sur notre vie ici alors je vais essayer de vous faire partager notre vie quotidienne au village de Gblainvié.
Je pense que de parler de nourriture est une bonne entrée en matière. On trouve dans la région des cultures de : manioc, maïs, igname, tarot, haricot, riz, banane, tomate, oignon, gombo, adémé, gingembre, aubergine, carotte, piment, ananas, avocat, mangue, orange…
Les repas varient entre des bouillies le matin, de la pâte « akoumé », du fufu, des tubercules ou des bananes frites. Les plats sont souvent agrémentés de sauce à base de tomate ou d’adémé (sorte d’épinards). Des femmes viennent également au village vendre du soja, des « koklo », des jus et de la bouillie. Le matin on se réveille aux cris des vendeuses ambulantes et du moulin en face de la maison.
Nous vivons avec 19 personnes : nos deux amis yovo, Céline et Nico, Borozé le « mitomé », les grands parents, Véro et ses 6 enfants, Kafi, Xola et ses deux filles, Rebecca Félicia, Godwin et Sylvain des cousins de la famille. Les enfants sont très débrouillards, quand les adultes ne sont pas là , ils se font à manger tous seul. Les femmes et les enfants sont forts, les travaux des champs les ont endurcis. Ils portent sur leur tête des kilos de bois ou de manioc.
Dans la cour, on trouve deux foyers fixes recouverts d’une paillote et plusieurs foyers en métal, un arbre immense, 6 jarres pour l’eau et le tank qui récolte les eaux de pluies. Il y a eu quelques pluies, assez pour avoir un peu d’eau dans le tank et une souris morte. On se sert donc de l’eau du tank pour la cuisine et la toilette, quant à l’eau que nous buvons on l’achète à la pompe quand il y en a : 10 F CFA le jerricane et nous traitons pour ne pas abîmer nos organismes aseptisés.
Il y a toujours de l’animation dans la maison entre les pleurs de Victoire et Aimé, les deux pleurnichards, les pleurs de Sabine (le bébé de Xola), les rires de Félicia et Rebecca, les haussements de voix de Véro, les chants de Xola et les épisodes de course poursuite pour un coup de bâton. On ne s’ennuie pas. J’allais oublier les chèvres et les poules. Je dois aussi parler des blattes. On les retrouve tous les soirs aux toilettes. Je fais fonctionner ma lampe à dynamo afin de les faire fuir du trône. Ce sont des toilettes sèches à l’africaine.
Au village, ni eau courante, ni électricité, ni ramassage d’ordures évidemment. Les déchets sont entassés dans des espaces plus ou moins délimités et brûlés de temps en temps. Il y a quelques jours, des femmes ont planté du maïs dans le champs d’ordures : maïs transgéniques ? Les villageois sont pratiquement tous des cultivateurs. On les voit aller et venir avec des machettes, du bois, du manioc…
Le niveau de vie est très faible mais le sourire s’efface rarement de leur visage. Au village, il y a de nombreux arbres et un forêt sacrée dans laquelle nous n’avons pas le droit der rentrer. Il y a aussi une immense teckeraie à quelques kilomètres au nord du village. La poussière rouge en cette saison est omniprésente. Elle recouvre les routes, les maisons et nos livres qui patients dans la bibliothèque.
Cela fait plus d’un moins que nous sommes là et nous devons avouer que nous avons rencontré pas mal de difficulté. Le partenariat à remettre en question ? Sûrement !
Tout d’abord nous avons peut-être trop fait confiance à Dieudonné (le président de village planétaire). J’hésite à employer le verbe mentir, mais ce que l’on a pu observer dans les semaines qui ont suivi notre arrivée s’en rapproche pas mal. Il n’y avait pas d’étagères dans la bibliothèque, aucun volontaire susceptible de reprendre « la suite » après notre départ, les villageois n’étaient pas au courant, pas plus que le CVD et le chef de canton. Dans ces conditions difficiles de faire en sorte que les villageois s’approprient la bibliothèque. Tout le monde est heureux de l’arrivée d’une telle structure : « c’est bon », mais concrètement ils ne s’investissent pas encore. Il a donc fallu rencontrer les membres du CVD et expliquer quel serait notre rôle ici. Cela a mené à de nombreuses discussions autour du développement et du rôle des blancs. Nous avons été plongé dans l’histoire de la françafrique et du développement des pays des suds. Dur, dur de se retrouver dans une position contraire à nos idéologies. Nous estimons que nous ne sommes pas là pour « faire du développement » mais pour lancer une impulsion à un outil de développement. Nous ne sommes pas là non plus pour jouer le rôle de « vache à lait ». Mais quand c’est Thomas - l’homme à qui appartient la maison où nous vivons, le secrétaire de Village Planétaire et le chef de la commission Education au sein du CVD- qui met l’argent dans le projet pour répondre à nos attentes, quel malaise… Nous avons l’impression de se faire financer la bibliothèque par un seul homme. Même si nous pourrions payer certains frais (ameublement, inauguration…) nous ne voulons pas jouer ce rôle là afin de changer cette idée de domination des pays du Nord sur les pays du Sud. Vaste programme ! Mais nous sommes forcées de nous adapter et de faire avec la réalité du terrain. A toutes ces difficultés et ces remises en question, ce sont ajouter les prises de bec avec Dieudo.
A l’heure actuelle, nous craignons que la bibliothèque ne dure longtemps après notre départ. L’objectif ne serait pas atteint. Mais, il est impossible de savoir maintenant ce qui se passera dans 3 mois, comme il est impossible de prévoir ce qui se passe en ce moment. Nous verrons bien…
Hier, nous avons inauguré a bibliothèque et aujourd’hui nous sommes intervenues dans les écoles, dans le cadre des ateliers lecture. L’inauguration s’est très bien passée, beaucoup de gens différents, beaucoup d’enfants, de beaux de discours et des plus ennuyeux. A 6h du matin nous commencions la journée par une réunion chez Thomas avec des représentants du CVD pour une dernière vérification sur le déroulement de la journée. Puis construction de l’appatame, une grande paillote pour abriter les villageois qui assisteront à la fête. Toute la matinée, les enfants du village ; les femmes, les vieux aident à récupérer le bois, les branches… Belle solidarité autour de l’inauguration, chacun fait ce qu’il peut. Enfin, nous voyons les villageois s’investir. Je ne peux pas omettre l’épisode enseigne. Il y a 2 jours, j’avais confié les planches de contre-plaqué à Adjou pour qu’il la recoupe et mette des pieds pour planter dans le sol. Cela devrait être prêt à 10h. Pleines de doutes, nous partons à 9h voir si tout sera prêt. Il n’était pas là et le bois était au même emplacement que la veille. Adjou arrive parfumé de sodabi, ça promet! Avec Faroe, à tour de rôle nous travaillons avec lui pour qu’il finisse à temps. Nos amis musiciens de Lomé sont là aussi, ils interviennent entre les discours et les récitations des enfants. Le Préfet, le Député, le Chef du village, les Inspecteurs et les représentants catholiques et musulmans du village sont là . Belle journée ! Malgré toutes les difficultés, dès que la solidarité est là on peut faire de belles choses.
Les ateliers lecture constituent un beau moment d’échanges. A chaque début de séance, nous nous installons en demi cercle par terre et nous lisons puis nous discutons. L’objectif est de créer un livre par classe. Chaque enfant écrit une petite histoire et nous les mettrons ensemble pour faire un recueil. Petit à petit, nous pourrons raconter comment se déroulent les ateliers.
Même si le ton de cette newsletter peut paraître négative, je dois préciser que malgré tout ça, nous vivons de bons moments avec les enfants et nos nouveaux amis. Il y a quelques jours, à la nuit tombée partie de foot devant le mirador au rythme de la musique crachée par la sono de Sylvestre. De plus, nous nous sentons de plus en plus chez nous, si bien que lorsque nous rentrons de week end nous sommes heureux de retrouver notre village et ses habitants qui nous saluent presque tous par notre prénom même si le Yovo Yovo demeure. Dans tous les cas nous vivons une expérience formidable et c’est loin d’être fini !
Au moment où je reprends et corrige la newsletter les premiers visiteurs de la bibliothèque viennent d’arriver. Cela fait une petite heure que nous avons ouvert pour la première fois et 4 vieux sont là , ils lisent à haute voix et jouent avec Augustine au puzzle, émotion, émotion, j’ai des frissons…



